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La première peinture servirait à expliciter cette idée, ses tenants et aboutissements.
Je la nommai "Manifesto".
Le rôle des deux autres serait de le visualiser, de jour et de nuit.

Je commençai à peindre début septembre, et finis mon travail début décembre.
J'arrivais à New-York le 16 décembre 2002, avec les toiles roulées sous le bras.
Elles furent mises sur chassis chez Baobab Art Framing, à l'époque située sur l'East 12th Street (aujourd'hui la compagnie se trouve à Brooklyn). Le patron qui s'appelait Barry avait trouvé une société de livraison, que je chargeais d'acheminer les toiles à la caserne, pour en faire présent à l'un des pompiers survivants de l'effondrement des tours, James Hanlon.

Pourquoi James Hanlon ? Il se trouve que j'avais vu sur France 3 le film des frères Naudet et de James Hanlon, qui racontait l'immersion aux premières lignes des hommes de la caserne Engine 7-Ladder 1, basée au 100 de Duane Street, tout à côté des du site des Tours. Après les événements du 11 Septembre, Hanlon continua à y travailler en tant que pompier (il était aussi acteur professionnel, dans des séries télé et au théâtre).
Dans le film des Naudet, Hanlon s'était prononcé sans hésitation sur une reconstruction des Twin Towers.

La note accompagnant les toiles expliquait à James Hanlon pourquoi je les lui offrais :
Sa conviction m'avait ému et convaincu, et je lui expliquais qu'en échange de ce don, j'espérais qu'il m'aiderait à médiatiser mon idée avec l'aide de ces trois toiles auprès des New-Yorkais, puisque c'était pour eux que j'avais réalisé ce travail.

Après que les toiles aient été livrées, j'eus l'occasion de m'entretenir au téléphone avec Gédéon Naudet (qui avait été mon contact avec Hanlon), et qui me confirma que James Hanlon avait bien reçu les toiles, me confiant tout le bien que ce dernier en pensait. Il m'indiqua que Hanlon allait m'appeler.

Ce qui ne se produisit pas. J'attendis, mais rien ne vint. J'eus beau rappeller encore plusieurs fois au numéro de Gédéon Naudet, je tombais désormais systématiquement sur un répondeur. Je revins à Paris sans les toiles, et sans nouvelles.
Depuis 2002 et à ce jour, je n'ai aucune idée de ce que sont devenues ces œuvres, n'ayant jamais eu signe de vie de quiconque les ayant réceptionnées.

Cette idée n'aura donc jamais été communiquée aux New-Yorkais à travers son médium d'origine, ces trois toiles offertes à James Hanlon.

Tant pis.
Ce qui importe avant tout, c'est qu'elle soient bien quelque part à New-York, car après tout, c'est pour la ville de New York qu'elles furent créées.

Jacques Benoit

Janvier 2003

Les peintures du World Trade Center

En 2001, la mort et la destruction s'abattirent sur le World Trade Center de Manhattan, laissant derrière elles plusieurs milliers de cadavres et de disparus, une plaie gigantesque au cœur de la cité, des milliers d'êtres à jamais brisés par la perte de leurs proches, et un traumatisme de dimension planétaire.

A l'été 2002, parmi les 6 projets présentés par la LMDC (Lower Manhattan Development Council) pour la Reconstruction du World Trade Center, aucun n'envisagea la reconstruction des Tours Jumelles.

Ils furent donc rejetés par une vaste majorité de New-Yorkais.

Les termes du programme officiel de réhabilitation du site sinistré annonçaient pourtant sans ambiguïté sa « reconstruction ». On pouvait donc légitimement s'attendre à ce qu'au moins un des projets en lice aborde le sujet de la reconstruction des Tours Nord et Sud.

En juillet 2002, le LMDC lança donc une nouvelle consultation. A l'époque, j'eus la certitude que ce deuxième round n'aboutirait pas plus que le précédent si les deux termes d'une équation très simple n'étaient pas pris en compte. A savoir:
1- La commémoration. Celle due aux milliers de vies détruites ainsi qu'à ceux devant porter le deuil des disparus.
2- La Restauration de la "Skyline" de Manhattan, mondialement célèbre.

Le problème de cette équation était qu'elle gérait des paramètres aux intérêts divergents, voire opposés.
Satisfaire les uns aboutissait à léser les autres.
Et, à l'instant ou rationnellement la reconstruction des Tours Jumelles s'imposait comme une évidence, l'on butait immédiatement sur le premier terme de l'équation: la Commémoration. Et l'hommage aux milliers de vies détruites, ainsi qu'à ceux devant porter le deuil des disparus.
Car il faut bien admettre que reconstruire les Tours à l'identique serait revenu à prétendre que, finalement, rien ne s'était passé le 11 septembre.
A ce point de la réflexion, il m'est donc très vite apparu que si la logique exigeait une reconstruction des Tours Jumelles (rien, définitivement, ne pouvait prétendre à les remplacer), il était indispensable que cette reconstruction, physiquement, témoigne d'une façon ou d'une autre des événements qui l'avaient rendu nécessaire.

Et cette idée que j'avais eue peu après les attentas, qui s'était assoupie dans un coin de ma mémoire, se réveilla brusquement.

Elle rétablissait intégralement et fidèlement son profil, et en même temps témoignait visiblement de la tragédie du 11 septembre.

Jusque là je n'avais eu qu'un concept en tête.

Maintenant, j'avais la possibilité de le concrétiser. Mon medium d'expression étant la peinture, je commençais donc l'exécution de trois toiles.

Quelques pensées et un bilan

Etant un peintre, et pas un architecte ou un urbaniste soumis aux contraintes du cahier des charges officiel dressé par le LMDC, j'ai pu élaborer mon concept dans une liberté de pensée totale.

J'ai par conséquent échappé à la contrainte de séparation entre le problème de la reconstruction, et celui de la conception du Mémorial.
Cette contrainte fut effective dans le cahier des charges de la LMDC.
À mes yeux elle constituait un handicap, car elle réduisait la liberté de conception.
En effet les deux problématiques (reconstruction et mémorial), auraient dû être indissociables (me semblait-t-il à l'époque –et même encore aujourd'hui).

C'est la raison pour laquelle j'ai conçu une sculpture monumentale, destinée à se dresser juste au pied des nouvelles Tours Jumelles. Je croyais alors en la nécessité de voir s'ériger un immense repère dans le périmètre de ce qui est connu depuis sous le nom de Ground Zero.
Si les Tours Jumelles avaient été reconstruites dans une symbolique et des orientations esthétique proches de celles exprimées par mes toiles, il aurait convenu de laisser à leurs pieds une vaste esplanade, dénuée de toute construction, à l'exception de cette sculpture de plusieurs dizaines de mètres d'envergure. Son rôle : envoyer un message simple, un message de compassion pour les morts et ceux qui les pleuraient, mais aussi d'espoir vis à vis du futur, en tant que symbole de paix.

Pour exprimer ce message, j'ai très soigneusement évité de concevoir un fond et une forme artistique suffisamment hermétiques pour que seule une élite éventuellement rompue aux codes de l'art contemporain puisse les appréhender et les apprécier.

J'ai volontairement choisi une symbolique que tout le monde pouvait instantanément comprendre.

J'ai conscience que cette symbolique n'est ni particulièrement "créative", ni spécialement inattendue. Je sais que certains l'ont jugée, la jugent et continueront à la juger convenue, donc inintéressante. Je l'assume totalement.

Car sur ce point précis, je n'ai qu'une chose à dire : souvenons nous.

La destruction est venue du ciel, le 11 septembre 2001.

C'est la raison pour laquelle il m'avait semblé important, à l'époque où je fis ces toiles, de signifier que, dans l'hypothèse d'une Renaissance, les Tours Jumelles sortiraient de terre et prendraient leur envol, sur les ailes de ce symbole universel de la paix qu'est la colombe, vers les cieux, ceux-là mêmes d'où la mort s'était abattue sur Manhattan, le 11 septembre 2001.

Après la tempête venue du ciel, du ciel viendrait la Renaissance.

Aujourd'hui, il est acquis que cette Renaissance, telle qu'imaginée et visualisée dans mes peintures, n'adviendra pas. Une autre a pris forme. Une tour unique. Et un Mémorial occupant les empreintes des bâtiments disparus, majestueux et solennel, sobre, dont je ressens la totale adéquation avec les tragiques événements auxquels il doit son existence. New York, depuis la tragédie du 11 Septembre et la disparition des Tours jumelles, a appris à panser ses plaies, en s'adaptant à son nouveau paysage.

La vie continue.

Jacques Benoit

 

Texte de la peinture "Manifesto"

En septembre 2002, interrogé sur les Tours Jumelles du World Trade Center, voici ce que déclara le pompier James Hanlon dans son film sur le 11 Septembre, co-dirigé par Jules et Gédéon Naudet, et diffusé sur France 3:
"En ce qui me concerne, je souhaiterais qu'on nous les rende (...) Je suis New-Yorkais, et leur vue me manque (...) Dans New-York, dès que je levais la tête, je les voyais, où que je me trouve (...) Si ça ne tenait qu'à moi, je les reconstruirais".

Presqu'au même moment, je tombais sur la déclaration de Rudy Giuliani dans Time Magazine, le numéro du 9 Septembre.
Voici en substance ce qu'il y disait:
"Je suis convaincu d'une chose: Ground Zero doit être surtout et avant tout un Mémorial.
Toutes les décisions, quelles qu'elles soient, devraient découler de ce postulat. (...) Une construction qui serait un hommage légitime, pérenne, suffisamment imposant pour que les futures générations se souviennent. (...) Elle devrait être visible de très loin, pour témoigner des âmes de ceux qui ont perdu leur vie pour défendre la Liberté. (...) Si ça ne tenait qu'à moi, je consacrerais la totalité de Ground Zero, de ces 6,5 hectares, à ce Mémorial."

Les déclarations de ces deux hommes m'ont engagé dans ma démarche, et ont éclairé mon chemin.

Les points de vue sur le futur de Ground Zero de James Hanlon et de Rudy Giuliani sont presque opposés.
Mais ce qui m'avait frappé dans ces déclarations, et ce que j'en ai ensuite retiré, c'est que des routes apparemment divergentes pouvaient finir par rejoindre le même carrefour.
Du paradoxe pouvait jaillir la solution.

Et cette solution correspondait à cette conviction qui jour après jour avait mûri en moi, pendant un an.
A savoir qu'il fallait que les Tours Jumelles du World Trade Center se redressent dans le ciel de l'Amérique, parceque New-York sans elles n'est tout simplement plus New-York.

En premier lieu, je crois que le premier message clair qu'elles devraient envoyer, c'est celui de la Mémoire.
Ces nouvelles Tours devraient avant tout être un hommage de respect et de compassion, un symbole du souvenir, dédiés aux innocents assassinés dans l'attentat - j'emploie sciemment le terme d'assassinat -, et aux héros qui ont péri en tentant de sauver ceux qui ne pouvaient plus l'être.
Mais, en même temps, je crois tout aussi fermement que ces Tours devraient redevenir des lieux bruissant de vie, irradiant de vitalité, bourdonnant d'activité.

Car c'est certainement le meilleur moyen pour montrer que la barbarie a perdu la partie, pour signifier haut et fort que cette course à la destruction et au carnage sont une cause perdue, pour montrer que l'espoir et la vie finissent toujours par triompher.

En conséquence, ces nouvelles tours devraient à mon sens symboliser le devoir de mémoire aussi bien que l'énergie et l'espoir.
C'est la raison pour laquelle, j'ai recouvert de verres-miroirs leurs parois, précédemment constituées d'un maillage de poutrelles d'acier.
Ces revêtements de verre ne laisseraient pas voir l'intérieur des Tours, sauf la nuit lorsque les étages s'illuminent.

La teinte de ces verres-miroirs serait l'or cuivré à partir du sol (Ground Zero), cette teinte se muant progressivement en un bleu éclatant jusqu'au sommet des Tours, dans un subtil dégradé de tonalités allant de l'or vers le bleu.
Au sommet, le bleu des tours donnerait l'impression qu'elles se fondent dans le ciel.

- La teinte chaude et vibrante de l'Or cuivré est un symbole de l'énergie, de l'élan, de cette vie qui fait battre tous les coeurs. Comme une source de vie jaillissant du sol devasté, comme le grain en été, une Renaissance dont aucun hiver ne pourrait venir à bout.
- Le bleu manifeste l'éspoir et la paix, en hommage aux âmes des victimes.

Et toute la structure des tours reflèterait ainsi, jour après jour, l'azur du ciel, et aussi le passage des nuages dans le ciel, de nuages parfois lourds et sombres, un reflet de nos vies telles qu'elles s'écoulent, en vérité.

A un certain niveau de chacune des tours, un espace immense, haut de plusieurs étages, situé à l'endroit précis où les avions s'écrasèrent, resterait vide et inhabité, protégé de l'extérieur par d'immense baies vitrées -constituées de verre transparent cette fois, pour marquer une rupture visuelle nette avec le reste des parois de verres-miroirs (bleues à ce niveau des tours).


Ces deux Mémoriaux monumentaux abriteraient les noms de ceux qui périrent dans l'attentat, gravés dans le marbre des murs, à l'intérieur de ces espaces.


De l'extérieur, depuis la ville, on pourrait deviner et même voir ces Mémoriaux à travers la transparence des parois de verre pendant la journée.

La nuit, ils resplendiraient de lumière, comme des phares, projetant un éclat éternel au service de la mémoire, de façon à ce que personne, jamais, ne puisse oublier.

Ces espaces seraient totalement séparés du reste des Tours, au niveau des accés, le reste des Tours, lui, résonnant de vie et d'activité.

C'est ainsi que nous pourrions faire cohabiter pour les vivants le devoir de continuer à vivre et l'obligation du souvenir, en respect de ceux qui périrent.

Car je suis persuadé que leurs âmes sont là, avec nous, et qu'elles attendent qu'on fasse quelque chose pour elles.

Là où maintenant ne subsiste que Ground Zero, elles attendent que nous leur donnions une maison, et un abri.

A ce propos, New York est la ville qui héberge la Statue de la Liberté, et la liberté de penser, la liberté d'aimer, la liberté de vivre sont précisément ce que les auteurs des attentats du 11 Septembre avaient l'intention de faire perdre aux êtres humains. C'est la raison pour laquelle j'ai imaginé une main géante de cuivre vert pâle, rappelant celle de la Statue de la Liberté tenant son flambeau, et sortant du sol martyrisé, dans un geste très doux d'offrande, un peu comme un nid d'où s'échapperait, s'envolerait vers le ciel un oiseau ivre de liberté.

J'ai choisi le symbole de la colombe portant son rameau d'olivier, parce que je pense que c'est l'image la plus universelle, la seule qui soit commune à tous en dehors des convictions religieuses particulières, la seule véritablement digne d'être opposée à la barbarie, à la folie de l'extrémisme religieux, à la haine, au fanatisme et à la violence.

Ce symbole démontrerait clairement notre volonté de paix, notre foi dans la vie, cette vie si précieuse, la seule chose en définitive qui soit vraiment sacrée. J'ai imaginé cette main et cet oiseau, seuls sur cette immense esplanade au pied des Tours, émergeant d'une couronne de pointes, celle-ci évoquant les ruines des tours jumelles, avec ces pans de poutrelles tordues, vestiges du rez-de-chaussée, qui étaient restés bravement fichés en terre après l'attentat, comme s'ils voulaient nous signifier leur volonté de demeurer là pour témoigner vis à vis de générations futures. Dans cette vision, l'Oiseau serait composé de 2801 morceaux de miroirs.

Ceci est important, car chacun de ces miroirs reflétant le ciel et le soleil serait dédié à l'âme d'une victime, un reflet de lumière pour l'éternité. Cet Oiseau de la Paix est une somme de l'âme des victimes, il serait en quelque sorte leur ambassadeur vers nous les vivants.

Cet Oiseau de la Paix semblerait s'envoler vers le sommet des Tours, comme pour nous montrer le chemin, nous désigner l'endroit où nous pourrions rencontrer les âmes des disparus que nous aimions. Montrant le chemin vers les Mémoriaux, où ceux qui le souhaitent pourraient se recueillir et méditer, dans le souvenir de leurs disparus, là-haut dans le ciel, parce que c'est là qu'ils se trouvent dorénavant.

Dans le ciel de New-York.

Jacques Benoit

9 Novembre 2002


 

 

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